Bientôt un plaidoyer mondial ? Chapitre 1

Voici le premier chapitre d’une chronique proposée à nos lecteurs par le docteur Jean Dagron. Et qui aura pour nom : La langue des signes en consultation.

Echo-Magazine va donc publier mensuellement une série d’articles sur des lieux de soins en langue des signes.  Ils auront pour nom :
Chapitre 1 : Bientôt un plaidoyer mondial ?
Chapitre 2 : L’action décisive des Sourds pour leur ouverture,
Chapitre 3 : leur pertinence en contexte épidémique,
Chapitre 4 : Les contextes politiques favorables,
Chapitre 5 : Les pratiques et métiers apparaissant dans ces nouveaux espaces.

Au niveau mondial, le sujet de l’accès linguistique aux soins des Sourds est recouvert d’une chape de silence. Par intermittence des faits intolérables émergent : un enfant de 8 ans, utilisé comme interprète pour annoncer à ses parents qu’il est atteint d’un cancer, des Sourds diabétiques sans insuline à cause d'une communication soignante déficiente.  Cela se constate dans tous les pays. Un rejet est parfois manifeste  comme cette femme sourde camerounaise qui essaie d’expliquer en gestes qu’elle est enceinte et qu’elle souffre de douleurs abominables. Considérée comme une mendiante elle se retrouve mise à la porte de l’hôpital. Ces situations indignent puis  l’indignation s’estompe et  les Sourds redeviennent invisibles. Le drame des Sourds est de ne pas être entendu interminablement, avant que des changements soient faits.  Aucun cadre international traitant spécifiquement l'égalité d'accès aux soins des Sourds n’existe. Mais la Convention Internationale relative à la personne handicapée a réalisé un premier pas juridique en stipulant que le non-respect de  la confidentialité est de la discrimination. Ce fut  une des raisons décisives de l'ouverture de la consultation La Salpêtrière en 1995 car les Sourds séropositifs ne consultaient pas, en raison de l’obligation de le faire avec l'aide d'un membre de leur famille. En s’appuyant sur cet argument juridique de non-discrimination, ratifié par des dizaines de pays et sur les bilans de consultations avec langue des signes déjà en place,  un plaidoyer (définition : action pour un changement précis dans la politique publique améliorant les conditions de vie d’un groupe, d’un environnement…) international pour le choix possible de la langue des signes dans les soins est possible. Ce serait une avancée sociale pour  les Sourds de tous les pays et aussi cela correspondrait à une urgence sanitaire dans certains pays touchés par le sida où les Sourds ont peu d'accès aux traitements...

par Docteur Jean Dagron

A suivre dans le numéro 849